(Article à paraître dans "Ligne Z" d'Octobre, le magazine des amateurs d'Amis Citroën)
Membre du club depuis plusieurs années, mais propriétaire d’une Ami 6 depuis novembre 2005 seulement, Laurent Monjouet a naturellement choisi le grand rendez vous annuel de Bazouges sur le Loir pour venir présenter sa voiture et découvrir les Amis du club. C’était également la première fois qu’il participait à une concentration automobile. Autant dire que pour lui le week-end fut riche en découvertes et en émotions. Récit.Rien à faire, la voiture ne veut pas démarrer. Le moteur renâcle un peu plus à chaque coup de tirette, le voyant rouge scintille de moins en moins fort. Le garage retombe dans le silence. Je n’irai pas à Bazouges.
Ce scénario, imaginaire, je l’ai tellement joué et rejoué que j’ai bien failli ne jamais venir avec mon Ami . Par crainte, j’avais même demandé à Alain Passet de m’emmener dans ses bagages. Finalement c’est une réflexion de ma compagne qui m’a décidé « Si tu vas à ce genre de rencontre sans ta voiture, à quoi ça sert » ?
Samedi 31 octobre, 9H15, me voilà tout énervé au volant, la main sur la tirette. Toute la nuit, le chargeur a insufflé de l’énergie à la batterie. Dans le coffre, un jerrycan de 10 litres. La jauge à essence ne fonctionne pas, j’ai donc fait de savants calculs qui m’invitent à trouver rapidement une station. Sur le siège, le plan, les cartes. Main gauche starter, main droite démarreur, ça chante, ça vibre, ça démarre !

Km 38, Bretoncelles, je fais le plein chez un garagiste qui jette un œil amusé à l’Ami. « Qu’est ce que j’ai travaillé la dessus », se rappelle-t-il. Curieusement, il garde un mauvais souvenir du démontage/montage de la vitre arrière, opération apparemment délicate.
Le réservoir lourd et l’esprit plus léger, je reprends la route. Sur la N23, longeant un parking, mes yeux sont accrochés par l’inimitable silhouette et l’incomparable couleur de l’Ami 6 d’Alain. Marche arrière, présentation, je retrouve également Vincent Fohanno et son Ami 8. Premières questions sur la couleur de mon Ami. Si si, c’est bien vert agave, le code couleur ne trompe pas.
Nous faisons route ensemble, et moi qui n’avais jamais dépassé le 80 Km/h, je me trouve entraîné à la vitesse folle de 90/100…jusqu’au Mans, où un colossal bouchon nous immobilise pendant 1H30. Je m’inquiète pour le moteur. Au portable, Alain me rassure ; « Ben non, y a pas d’eau, ça risque rien ». Ah bon, super ! Je rigole presque en voyant une R21 arrêtée sur le bord de la route, moteur fumant. Plus tard j’apprendrai aussi que les Ami 6 n’ont pas de joint de culasse, autre avantage (vous aurez déjà deviné que je ne suis pas un as de la mécanique).
Avide de conseils
Bazouges, je fais moins le malin, moi le petit nouveau au milieu de tous ces habitués. Mais très vite, on discute….accessoires. Je découvre ainsi que les ailes de mon Ami arborent de rares sabots d’ailes (?)GH. Et aussi quelques fantaisies Tubul, ainsi qu’une flèche de capot. On me fait quand même gentiment remarquer que ce serait pas mal de repeindre les jantes, conseil à l’appui : Scotch-brite, dégraissant, apprêt, et la peinture qui va bien. Je grappille conseils et adresses dans mon petit carnet, et j’apprends avec plaisir qu’il sera peut-être bientôt possible de trouver du tissu de siège vert agave.
Nous décollons, j’emmène avec moi Bernard, qui est venu de ses montagnes savoyardes. Je trouve que ce convoi a des allures de mariages : les gens sourient et font des signes à notre passage, nous klaxonnons (un peu), nous sillonnons la campagne, c’est vraiment chouette d’être ensemble !

Première pause à Malicorne. Je réalise que s’il y a de très belles voitures dans un état exceptionnel, il y en a aussi pas mal dans leur jus, avec des peintures vraiment passées, des ailes bien rongées, et ça aussi c’est sympa, on n’est pas dans un concours d’élégance, cet esprit là me plait, j’ai un peu moins de complexe avec mon Ami aux jantes piquées.

L’orage nous surprend au pied de l’Abbaye de Solesmes.Comme sous la tente, on entend vraiment bien la pluie, sur le toit en résine. Mais même sous des trombes d’eau, la voiture tient bien la route, et je me sens en sécurité.

Le lendemain, je réaliserai quand même que l’eau s’est infiltrée partout, allant détremper mon carnet d’entretien dans le vide-poche (mais comment je vais calculer ma réserve d’essence, maintenant !)
C’est l’heure de l’AG. Je ne comprends pas tout, je vote un peu à l’aveuglette, je saisis qu’il y a des clans, des critiques, peut-être des rancunes, bon, c’est comme partout, finalement. À l’heure (tardive) du dîner, je suis surpris de la variété des profils : des jeunes, des plus tout jeune (j’en suis) et d’autres en âge d’avoir pu acheter une Ami neuve. En face de moi, d’autres « bleu » de Bazouges, mais eux ont dans les 70 ans, et c’est leur fils qui les a inscrits. Ils ont l’air de passer un bon moment. Il est tard, je m’éclipse et je rejoins mon hôtel de Durtal dans l’éblouissement époustouflant des ampoules 6 volts.
Maintenant, j’assure
Le matin revient avec ses inquiétudes : j’ai toujours laissé l’Ami au garage la nuit, comment va-t-elle réagir après une nuit passée sous la pluie ? La voiture démarre comme une fleur., et m’emporte, ravi, non sans un détour par une station, mieux vaut prévenir… Comme je suis pressé, je fais un passage rapide à la bourse, ce qui me permet quand même d’admirer le bel agencement des Amis sur le parking, dans une variété de couleurs dignes d’un marchand de dragées des années 60. Il faut partir, je salue mes nouveaux copains avec qui rendez-vous est déjà pris pour 2007 ( j’espère retrouver Jean Michel Boutron et sa superbe Ami break grise aux sièges rouges à Pontorson) . Sans complexe, j’emprunte l’Autoroute (pas envie de me retrouver à nouveau bloqué au Mans) , et à 90 Km/h, je mets un peu d’animation dans le cortège uniforme des voitures modernes. Derniers kilomètres, j’ai la voiture bine en main maintenant, j’attaque les courbes avec plus d’assurance, j’ose pousser le moteur en régime. Après 400 kilomètres, les cardans claquent, la voiture tire à gauche, l’essuie glace se barre, le bonhomme a mal au crâne, mais je me sens un peu moins « bleu » que la veille.

(Encadré)
Mon Ami : Berline 1965, vert agave, immatriculation d’origine dans le Loiret, probablement une quatrième main. Achetée en novembre 2005 à 82 000 kilomètres. Accessoires GH et Citroën. Ceintures de sécurité à l’arrière (pour les enfants !)…. Aurait bien besoin d’une nouvelle sellerie et d’un stage chez un carrossier de confiance.
…et moi : Modèle 1965, également (y a pas de mystère), j’ai aussi une Mobylette BG 43 (de mon grand père) et quelques centaines de 78 tours.